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Ecriture d’un chapitre intermédiaire

 

J’ai croisé quelques veilleurs de nuit, ce matin, ils finissaient de repeindre les murs de la rue avant que la lune n’éteigne le peu de lumière qu’elle crache les soirs à polards comme ce soir. Peine perdue.

Les premières fenêtres s’ouvrent en grand, les volets claquent. Ce sera peut être un jour ordinaire, pour conclure une telle nuit. J’ai oublié de quoi j’étais témoin. J’ai oublié mon nom

J’étais posté, comme tous les soirs, à l’angle de la rue, caché derrière le grand tronc qui ne cache pas grand chose. Je dirais, si on me pose la question, que je n’ai rien vu.

Je ne dors jamais la nuit. Le jour non plus, c’est une vieille habitude. Mais du coup je ne vois pas ce qui se passe autour de moi. Mes yeux se ferment sans arrêt, même s’ils ne dorment pas. Ils sont absents. Vous pouvez être tranquille, ce n’est pas mon témoignage qui vous créera des ennuis.

Pour compléter ma fausse imitation il me faudrait une longue description de quelque chose. Peu importe de quoi, mais il faut de la longueur, sans points à la ligne, à peine sans virgules. Ce peut être les voitures stationnées le long des trottoirs. Leur couleur, leur marque, l’état de la carrosserie. Je pourrais même broder un peu sur les propriétaires que chacune devrait normalement avoir pour que la description garde une cohérence. Ce ne serait que ma cohérence, celle que je voudrais lui donner. Mais lorsqu’on se met à écrire « à la façon de » il faut bien pousser le crayon jusqu’au bout sans se soucier d’autre chose.

J’ai du mal avec celui-ci. C’est un hybride. Pour pêcher un peu d’inspiration sous les traits de modes d’écriture, j’ai lu trois ou quatre auteurs différents en même temps. Je sautais du chapitre sept de l’un au deux de l’autre, puis un troisième, puis un quatrième. Ce n’était pas seulement une manière de me protéger en déguisant chaque style par le mot pris au suivant. C’était aussi une façon pas très honnête et je ne sais pas si elle est efficace, de construire un récit qui n’est pas censé conduire quelque part mais simplement faire son petit bout de chemin. C’est tout ce qu’on lui demande. Tout ce qu’on me demande aujourd’hui.

Je ne fais, de la sorte, que passer par là. Pourquoi ? Je ne le sais pas non plus. Pour rien. Pour combler un vide. Pour attirer quelques regards perdus. Pour me dire que je sais dire quelque chose qui tourne en rond et qui ne dit pas beaucoup plus qu’un long silence. Mais allez donc mimer un long silence dans une page qui était déjà blanche au départ !

Surréaliste ? C’est le nom que l’on donne à tout ce que l’on ne sait pas nommer. Loufoque ? Oui, sans doute, mais qu’elle importance ? J’ai été heureux de passer un petit moment avec vous. Voilà le motif, le vrai, l’unique. Je promets de passer la prochaine nuit derrière l’arbre du coin de la rue à mieux observer ce qui se passe et d’en faire un compte rendu matinal avec plus de suc. Si je croisse encore les veilleurs de nuit, je serais plus attentif à leurs paroles, à ce qu’ils sifflent, à ce qu’ils chantent tout doucement pour ne pas réveiller les couche-tard qu’ils ont croisé toute la soirée et qui seraient bien incapables de les reconnaitre.

Je vais m’allonger un peu.

 

© Jorcas

 

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