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Gérôme le Blogueur

 

J’ai commencé à écrire l’histoire du jour le plus naturellement du monde. C’est mon métier, je me sentais bien, au chaud, inspiré par une idée sans doute piquée quelque part. Comme je ne savais plus où, cela ne me posait pas de problème.

En cours de route, un petit arrêt pour prendre un café, ou un thé, ou un truc quelconque, peu importe, et la mauvaise habitude m’a poussé à jeter un coup d’œil sur mes blogs avant de continuer.

Voir s’il y avait quelque chose de nouveau.

 

Et il y avait quelque chose de nouveau !

Des insultes, des commentaires menaçants, toute sorte de comparaisons qui me rabaissaient au niveau d’un ectoplasme lubrique et dégénéré.

J’avais lu dans Rue 89 le compte rendu d’une étude sur le stress des blogueurs qui parlait bien des commentaires incroyables que certains recevaient, au point de se sentir affectés dans leur moral, touchés par ces flèches au curare. Mais moi personnellement je n’en avais jamais reçu.

De temps en temps quelques commentaires pas très flatteurs, mais rien d’insultant. Du moins pas plus insultant que ce que le moindre critique littéraire peut débiter dans les magazines cultureux au sujet des auteurs qu’il n’a pas lus.

 

Et toute cette décharge de plomb me parvenait groupée !

Ma première réaction a été de colère et j’ai commencé à dire leur fait aux signataires dans leur ordre d’arrivée.

Avec le ton qui est le mien, qui n’use pas trop d’insultes. Les grossièretés je ne les dis plus depuis l’école élémentaire. Et même à l’époque, c’était seulement pour épater les copains et leur montrer à quel point j’étais déjà un grand, mais je n’y pensais pas à mal.

Là, pas de mots grossiers mais des flèches tout aussi empoisonnées que les leurs. Style : « Si votre langage était humain, cela se saurait et j’aurait été capable de le comprendre. Mais un dictionnaire rendant compte de vos termes serait trop lourd à porter et aucun éditeur n’aurait accepté de l’imprimer »

Vlan ! Dans les gencives.

 

A la relecture je me suis dit que, probablement, ma phrase n’aurait pas autant d’effet que si je l’avais traité de F….. C …… E ….. et infectieux pollueur de web ! Mais il fallait que je reste sur ma hauteur.

C’était important car j’avais beaucoup de lectrices douces, frêles et innocentes depuis que mon blog avait été mentionné dans la revue « Rose bonbon pour tout cœur » Je ne sais pas si elles auraient compris des mots si sales, mais en tout cas mon aura aurait pris un coup. Même si, comme je le pense, beaucoup auraient plutôt bien compris et auraient de suite branché leur portable pour se répéter les unes aux autres les bons mots de Gérôme le Blogueur (C’est moi).

 

Car j’ai un statut gagné de haute lutte qui me vaut un grand nombre de commentaires doucereux, de déclarations d’amour et des demandes de rendez-vous pour voir si je tiens mes promesses, auxquels je ne réponds jamais (je parle des rendez-vous) Ce serait trop dur de devoir choisir : Qui la première ? Chez toi ou chez moi ? Le week-end ou en semaine ?

Et en plus, il faudrait que je prouve tout ce que je raconte et alors, de deux choses l’une : Ou bien je serais obligé de changer de sujet et mettre en sourdine mes prouesses ou bien je serais mis au pied du mur, sommé de prouver que, oui, c’était cela ma réalité incroyable. Alors là, l’histoire de la panne décrite dans les magazines féminins n’est rien comparée à ce que serait ma déconfiture. La fin de ma belle aventure !

 

J’ai finalement opté par une solution décrite dans le même article. Une bloggeuse  américaine – il n’y a pas à dire, ils ont toujours un métro d’avance sur nous- cette bloggeuse, donc, qui recevait beaucoup de mails et commentaires insultants a décidé de les imprimer, d’en tapisser son entrée de garage et de rouler dessus tous les jours avec sa voiture. Proprement génial. Le crime symbolique ou je ne m’y connais pas.
Comme je n’ai pas de voiture et que j’habite un petit appartement, j’ai trouvé l’adaptation à ma petite réalité européenne et néanmoins française : J’ai imprimé, moi aussi, tous ces coms insultants et j’ai tapissé le sol de mon coin-cuisine. Je ne suis vraiment pas une grande toque (j’ai failli dire : non plus, mais je me suis repris à temps) alors, les vilains coms seront pleins de taches de graisse, de gouttes de café froid, de peaux de saucisson et toute sorte d’autres trucs tombés de ma vaisselle en retard de plusieurs lavages.

Ils ne s’en remettront pas, j’en suis sûr.

 

Maintenant  je continue de mon mieux à faire rêver mes lectrices tendrettes en souhaitant des coms grossiers pour continuer à protéger le sol de ma cuisine des éclaboussures de fin de repas !

Je me porte beaucoup mieux et le nombre de visiteurs de mes blogs ne cesse de grimper.

C’est un peu stressant, mais cela me fait un petit guili-guili délicieux !

 

© Jorcas

 

 

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