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La frousse

 

J’ai écrit quelque chose à ton intention : Une histoire machiavélique qui te fera peur ligne après ligne !

 

Cela me pose un petit problème : Je n’aime pas avoir peur.

 

Alors, que veux tu que je fasse de mon récit ? La peur est à la mode dans les livres, au cinéma. Plus personne ne peut échapper à quelques tremblements par-ci par-là. Tu devrais me lire pour avoir ta petite dose. Tu ne serais que plus à la page !

 

Je revendique la possibilité, le droit même de ne pas suivre une mode qui ne me plait pas. Que va-t-il m’arriver ? Je n’aurais pas de petite amie, car elle voudrait avoir peur de moi et me faire peur à son tour ? Les commerçants refuseraient de me vendre leurs produits parce qu’avec ma façon d’être ils ne pourraient pas avoir peur de ne pas être payés ? Tu ne seras plus mon ami parce que je ne veux pas te lire pour le plaisir que tu aurais de me faire peur ?

 

Tu pousses le bouchon un peu loin, comme si tu voulais m’effrayer, me rendre responsable de suivre la demande, de faire comme tout le monde pour être encore un peu lu.

 

L’histoire n’alla pas plus loin. Chez l’un parce qu’il a eu peur que de trop insister son ami ne veuille plus lui accorder son amitié, chez l’autre parce qu’il trouvait savoureux de lui faire craindre un tournant de la mode qui l’obligerait à écrire des sujets rose bonbon avec final heureux et des grandes dégoulinades de sucre candi.

 

Bref, de manière salutaire, il ne s’est rien passé et seuls les vraies assassins continueront à effrayer le bourgeois, lequel leur rend bien la monnaie avec la menace de tirer à vue dès qu’une ombre de simple passant  malencontreusement projetée sur un mur  pourrait faire croire à la éventualité qu’un crime digne d’Alan Poe va être commis.

© Jorcas


 

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