Le petit roi était caché derrière les rideaux. Il avait perdu sa couronne un matin où il s’était endormi à l’heure d’aller au Palais. Alors d’autres sont allés à sa place et lorsqu’il est enfin arrivé il a trouvé la porte close.
Au début, il n’a pas pris ça mal. Il n’avait plus de Palais, mais il avait un pays, un grand pays. Du moins bien plus grand que le jardin du palais, qui était le seul qu’il avait parcouru. Et de fond en comble !
Il a donc cherché des routes visiter le pays et saluer les habitants, qui le verraient passer depuis le seuil de leurs portes. Où depuis leurs fenêtres et leurs balcons.
Il s’est rappelé, d’un coup, que lors de la discussion du dernier budget, lorsqu’il avait encore un palais, il avait été obligé d’effacer la dépense de signaux routiers parce qu’il n’y avait plus d’argent pour les acheter.
Et bien, il irait à travers champs ! C’est agréable de côtoyer des arbres, de caresser leurs feuilles, de sentir les arômes des fleurs qui poussent au milieu des prairies. Mais il a trouvé les champs clôturés avec des fils barbelés. Il ne savait pas si c’était pour que les animaux ne s’échappent pas ou pour que les rois sans couronne ne traversent pas.
Suivant les barbelés il est arrivé à la porte d’une maison. Pas laide du tout, peinte aux couleurs vives, avec des rideaux aux fenêtres et une cheminait qui fumait et sentait bon le bois qui brulait. La porte était ouverte, alors il est entré et s’est annoncé : Bonjour, je suis le roi !
Personne n’a répondu. Les habitants étaient peut être aux champs ou partis à la pêche, car la mer n’était pas bien loin. Il s’est étendu sûr un divan couvert d’un linge bleu clair et il s’y est endormi.
C’est le bruit d’une charrette qui l’a réveillé. Il s’est levé et est allé à la fenêtre pour voir d’où elle venait.
C’était une grande charrette tirée par des chevaux et dans le plateau, attaché à un des barreaux il y avait lui, le roi. Il aurait voulu crier, protester, exiger qu’on le libère, mais il ne trouvait pas sa voix. Alors il est resté caché derrière les rideaux, voyant passer et repasser la charrette avec lui, le roi, attaché à un des barreaux.
Lorsqu’il a fait nuit, il est sorti de la maison et suivant les traces des roues il a marché jusqu’au matin. A sa grande surprise, lorsque le soleil s’est levé il était à la porte de son palais, celui qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Accroché à la grande porte, toujours fermée, une grande pancarte annonçait : Palais à louer. Couronne et vêtements royaux fournis.
Alors il a fait demi-tour et s’est mis à suivre en sens contraire les traces de la charrette. On n’a plus jamais entendu parler de lui.
Tout le monde pense que cette histoire n’a pas de queue ni de tête et que ce petit roi dormeur n’a jamais existé. Sauf le paysan qui habite la maison aux couleurs vives, qui raconte l’histoire à tout le monde et affirme que le petit roi dormeur était son aïeul et que lui-même, bientôt, deviendra le nouveau roi. Dès qu’il aura fini de recoudre les habits que portait son grand père lorsqu’il s’est réfugié dans sa maison.
© Jorcas