J’avais prévu depuis mes toutes jeunes années ce qu’il faudrait faire pour me lancer un jour dans l’odyssée cosmique et planté en conséquence tout autour de mon jardin des grands arbres qui en cachaient la vue aux indiscrets. Au fond, j’ai construit un hangar avec une apparence aussi ordinaire que possible. Rien d’attrayant.
Et une aire de départ et de retour pour l’engin de transport.
Un ami m’avait fait parvenir une copie des plans de Tentative. C’est le nom de code que nous nous sommes donnés pour désigner l’engin, facile à retenir. Et tout le monde ne connaît pas la traduction d’Endeavour.
Au premier voyage, j’ai été détecté par un radar puis un quelconque télescope m’a suivi pendant que je m’efforçais de faire entrer ma belle dans le grand filet que j’avais tissé à cet effet avec des roseaux cueillis le long de la rivière qui traverse ma propriété. Cela n’a pas été facile d’attraper la première. Une Naine.
Quel tintamarre autour de ma belle pêche !
Que vas-tu en faire ? La vendre ? L’exposer au musée ?
C’était mal me connaître. Ma prouesse n’était qu’une mise en bouche, une péripétie dans l’aventure que je m’étais promis de vivre. Et bien entendu, le résultat serait pour ma propre joie.
Contempler à mon gré mes belles captives, les observer dans tous les sens, les étudier aussi. Je deviendrai un expert à force de tournoyer autour d’elles.
On est amoureux ou on ne l’est pas. Il ne faut pas faire les choses à moitié.
Après mon premier exploit, avec beaucoup de discrétion, j’ai repris mes chasses. Mon hangar brillait de toutes ces lumières sagement étendues dans leurs filets de roseaux : Pentacle, Filante, Céphéide, Polaire même.
J’étais heureux
J’ai tenté le plus beau coup, sans compter que je commençais à être connu. Qu’on me voyait venir. Le manque de patience, l’excès de joie m’ont fait commettre une erreur fatale.
Je suis parvenu près d’elle avec un magnifique filet, fait des plus beaux roseaux que j’avais pu cueillir, que j’avais gardé pour ce moment.
Je l’ai entouré avec douceur, avec amour.
Elle était la reine
Venus
La plus belle étoile.
Elle a eu une sorte de rire, s’est mise à danser, a déchiré mes roseaux, s’est envolé et m’a planté là, en plein Ether !
Lorsque je suis descendu sur terre, toutes mes belles étaient parties. Dans ma précipitation j’avais laissée ouverte la porte du hangar.
Je n’ai plus eu d’autre ressource que de regarder le ciel, les nuits claires, et les voir passer là-haut sans même se soucier de moi !
© Jorcas