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Cavale

 

La difficulté tient à l’urgence. Pourtant, rien ne l’oblige. Lui seul a fixé les règles, imposé les contraintes, poursuivi inlassablement le tempo. Jusqu’à cet instant où, dans sa tête, tout s’est arrêté.

Pourquoi ?

En apparence rien n’avait changé. Il s’était bien demandé s’il était logique, s’il était raisonnable de continuer de cette manière, de s’enfoncer d’avantage dans une sorte de paradis artificiel qu’il avait créé de toutes pièces et auquel il ne comprenait plus rien. Mais ce n’était pas la première fois et toujours, après une bonne nuit de sommeil, il repartait le lendemain oubliant tout ce qu’il s’était promis de changer, d’améliorer.

Pas cette fois-ci.

 

Il était en voyage lorsque les vieilles questions avaient repris leur martellement dans sa tête. Dans une autre ambiance, face à d’autres paysages, immergé pour quelques jours dans une autre manière de vivre, de tirer profit de tous les instants de la journée, de ne pas faire le bilan chaque soir de ce qui avait marché comme prévu et de ce qui n’avait pas marché du tout.

Et il avait fait comme eux, comme ceux qu’il côtoyait. Il avait cesse d’être un étranger pour se fondre dans les pratiques et les formes dans lesquelles tous les autres baignaient.

Et il s’y était trouvé bien.

Il a senti revenir à lui des souvenirs d’enfance, d’avant la rupture. Il a vu au fond de lui comme dans une image la tête hirsute et belle qu’il avait gamin. Il a entendu au plus profond de son crâne ce rire bruyant qui ne l’abandonnait jamais.

 

Le lendemain, en descendant de l’avion il s’est tenu droit et sobre jusqu’au passage de la douane. Puis il a posé sa valise sur un banc de l’aéroport. S’il l’abandonnait là elle serait détruite, explosée. C’était la règle.

Il est sorti de l’aérogare et, à pied, a pris au hasard une des routes qui se présentaient à lui, les mains dans les poches, sans rien d’autre que ce qu’il avait sur lui et plus il avançait, plus il riait, fort, fort. Il a entendu l’explosion, sans doute possible, celle de sa valise. Il était sûr qu’on voyait monter une petite fumée à la place où il l’avait laissée. C’était la vie d’avant, la vie de quelqu’un d’autre qui montait vers les nuages.

Toujours en riant, il a poursuivi sa marche jusqu’à ce que la petite fumée qui montait vers les nuages le perde de vue, lui soit réellement étrangère.


 

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