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La colline aux Condors

 

Tout le tralala!

Hymne national, musique militaire, tapis rouge, garde républicaine à cheval.

J’ai été reçu en France vraiment dans les règles.
Il était temps car je commençais à perdre patience et dans ce cas je ne garantis rien ; je peux réagir brutalement au moment le plus inattendu et alors ce sera trop tard pour faire marche arrière.

Je retourne heureux à mon royaume. Le plus beau pays de la terre, et je ferais voir à tous mes sujets la réception qui m’a été faite.

La Colline aux Condors, c’est mon pays, se trouve en plein milieu des Andes à un endroit qui a été évité par les deux Libérateurs sud américains : San Martin qui venait du sud et Bolivar qui venait du nord. Ils savaient par leurs espions que mon pays était imprenable, que personne ne l’avait jamais colonisé et que donc il était inutile de fatiguer leurs troupes pour rien.

C’est à cette époque que mon arrière, arrière, arrière grand père, Comandant des Condors, comme nous appelons dès cette époque le chef de notre Etat, a réalisé la grande œuvre qui aujourd’hui encore nous met non seulement à l’abri du besoin, mais aussi de tout possible nouvel ennemi : le Passage du Requin.

Je ne peux pas vous dévoiler la méthode utilisée par mon AAAGP Commandant des Condors. Secret d’Etat. Jusqu’alors, nous étions enclavés parmi les plus grandes montagnes andines, sans accès à la mer.

Comme notre pays était peu peuplé, les habitants se contentaient de la nourriture que les Condors, enrôlés dans un corps d’armée spécial, allaient chercher à grande distance et déposaient chaque midi sur le Temple de la Vie des Condors. Mon AAAGP Commandant des Condors a vite compris qu’avec la vie facile que menait notre peuple, bien nourri, toujours en fête, jamais fatigué, il allait continuer longtemps à faire une grande quantité d’enfants et qu’un jour, faute de condors en nombre suffisant  pour chercher la nourriture, il allait droit à la famine.

Il entreprit, après de longs et savants calculs qu’il fit seul dans son palais en comptant sur ces doigts, la construction du Passage du Requin : Un tunnel qui plonge en plein milieu de la Mer du Sud, à trois mille mètres de profondeur et qui de l’autre coté vient déboucher dans un lac artificiel construit dans notre plus grande vallée. Depuis cette époque nous avons la mer au milieu de nos montagnes et notre peuple est devenu pêcheur en Mer Propre.

Une grande écluse contrôle le niveau de l’eau, ce qui est aussi notre arme défensive : En cas d’invasion  on l’ouvre jusqu’au niveau 6 et seul quelques pics très élevés, ceux où nous avons construit les abris pour les cas désespérés, restent hors d’eau.

Si une invasion venait à se produire les envahisseurs seraient noyés.

Et au niveau 6, les requins passent en quantité de la Mer du Sud à notre Mer Propre et ne feraient qu’une bouchée de ceux qui seraient encore dans l’eau.

Nous n’avons pas d’Ambassadeurs. Nos relations extérieures étant faites seulement des sourires que nous adressons à tout le monde, nous n’avons pas besoin d’un corps diplomatique. De temps en temps, en tant qu’actuel Commandant des Condors je fais un tour du monde portant des sourires et des cadeaux dans les pays que je visite afin que l’on sache que nous sommes toujours vivants et heureux dans notre Colline aux Condors. Et j’aime bien être reçu correctement, car je sais que c’est votre façon à vous de sourire aux étrangers.

Lors de ma première visite, j’ai apporté à Paris, en cadeau, une dent d’un requin que nous avions pêché juste à la sortie du Passage du Requin.
J’ai été très honoré de savoir que les français ont décidé de mettre notre cadeau, bien cimenté, au milieu d’une grande place, la place de la Concorde, ce qui en français, veut dire, Place du Sourire.

Le ministre des grands voyages, qui fait voyager beaucoup de français vers les pays de l’Ouest des Andes a craint qu’ils prennent peur s’ils apprenaient que les requins de la Mer du Sud avaient des dents aussi grandes. Alors il a préféré dire qu’il s’agissait d’un Obélisque qu’un fier général français avait ramené d’Egypte, ce qui ne fait plus peur à personne.

Je comprends que c’est une question d’ordre public, alors je n’ai rien dit et j’ai accepté la photo joliment encadrée qui m’a été offerte, avec  le ministre et moi bras dessus, bras dessous, à coté de la dent.

Pardon, de l’Obélisque.

 

© Jorcas

 

 

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