Le décor se met en place
Fait en carton
En grandes bandes de tissu
Vide de mots
Les mots viendront s’enrouler
Se cacher
Se déguiser
Aux entournures du décor
Le décor mangera peu à peu les non dit
Les avalera dans ses fausses tripes
Les contournera dans ses entournures
Faites pour avaler
Le temps qui ne viendra pas
Car les personnages entrent en silence
Par les fendillements du décor
Par les portes sans battant
Les personnages ouvrent leurs bouches
En silence
Font semblant de se taire
Font des mimiques sans paroles
Et sans sens
La lumière s’allume
La pièce est finie
Le décor est levé
Le public applaudit la fin du silence
Il a compris le silence du silence
Les mimiques
Les rangs se vident
Avec un drôle de bruit de pieds qui trainent
De pas feutrés
De choses susurrées à l’oreille
Ne troublent pas l’ordre des choses
Que le décor a planté
La lumière s’éteint
Après le départ du dernier spectateur silencieux
Dehors, la ville a froid
Elle voudrait brûler les cartons peints
De ses soirs tristes
Mais elle manque de bras
Les gens qui passent, passent vite
Pressés de rentrer
Dans leur décor familier
Pour pouvoir enfin se taire
Pour s’asseoir sur les chaises bancales
Tourner le dos aux fenêtres closes
Et oublier